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Rendement par génération

Le boomer récupère 159 €. Vous, 117 €. Pour 100 € versés.

Génération 1950 : 159 €. Génération 1980 : 117 €. Même système, même argent, deux traitements. Et ce n'est pas nous qui le disons.

Ces chiffres sont une prévision de l'Insee, l'institut national de la statistique, publiée par le Conseil d'orientation des retraites (COR). Autrement dit : par l'organisme public chargé d'analyser les retraites. Pas par un opposant.

Ce que chaque génération récupère

Combien chaque génération récupère pour 100 € versés

On additionne toutes les retraites qu'une génération touchera. On additionne tout ce qu'elle aura versé pendant sa vie active. On divise le premier total par le second. Les deux montants sont ramenés au salaire moyen de leur époque, pour que des personnes ayant travaillé à des dates différentes restent comparables.

À 100 %, une génération récupère exactement sa mise. Les spécialistes appellent ce calcul le taux de récupération.

Génération 1950

159 % — 159 € récupérés pour 100 € versés

175 % en ne comptant que les cotisations

Génération 1980

117 % — 117 € récupérés pour 100 € versés

127 % en ne comptant que les cotisations

Deux mesures pour chaque génération. La première compte tout le financement : cotisations, CSG, impôts affectés. C'est la mesure la plus large, et c'est la plus basse. La seconde ne compte que les cotisations.

Ce que chaque génération récupère pour 100 euros versés. Salariés du privé.
Génération Tout financement Cotisations seules Source
Génération 1950159 %175 %page 35
Génération 1980117 %127 %page 35

Avant 1950

Avant eux, c'était encore plus généreux : plus de 400 %

Une seconde étude, MELETE, remonte jusqu'aux personnes nées en 1930. Ses auteurs ne donnent pas de chiffre année par année. Ils donnent deux repères.

Génération 1930

plus de 400 %

Générations nées après 1970

moins de 150 %

Ces deux repères encadrent la dégringolade : plus de 400 % pour ceux nés en 1930, moins de 150 % pour ceux nés après 1970. Quadrupler sa mise, contre en récupérer une fois et demie. À partir de la génération 1975, la chute s'arrête.

Le mécanisme

Votre argent ne vous attend nulle part

Beaucoup de gens croient que leurs cotisations sont mises de côté quelque part, à leur nom, et qu'on les leur rendra plus tard. C'est faux. Il n'y a pas de compte à votre nom.

La France fonctionne par répartition. Ce que vous versez ce mois-ci part ce mois-ci, pour payer les retraites versées ce mois-ci. Votre argent est déjà dépensé. Votre retraite à vous sera payée, plus tard, par ceux qui travailleront à ce moment-là.

« Le système de retraite français repose quasi exclusivement sur la répartition qui met en relation deux types d'acteurs : les actifs paient les cotisations et les retraités les reçoivent sous forme de pension. »

Conseil d'orientation des retraites (COR), État des lieux du financement du système de retraite, document n° 2 de la séance du 17 octobre 2019, page 1.

Une conséquence en découle, et c'est toute l'affaire. Ce que vous toucherez ne dépend pas de ce que vous avez versé. Ça dépend de trois choses. Combien de gens travailleront quand vous serez à la retraite. Combien ils gagneront. Et ce qu'on acceptera de leur prélever. Vous ne financez pas votre retraite : vous financez celle des autres, et vous espérez qu'on vous rende la pareille.

L'explication

Pourquoi 400 % avant, et 117 € aujourd'hui

Aucun complot là-dedans. Quatre faits suffisent, et ils s'additionnent.

  1. Les premières générations ont touché une retraite sans avoir eu à payer celle de leurs parents : le système n'existait pas encore. Les auteurs de l'étude MELETE y voient un effet de démarrage, pas une décision politique.
  2. On vit plus longtemps après 60 ans. Un homme de 60 ans avait 15,4 années devant lui en 1950, il en a 22,9 en 2021. Une même pension versée sept ans de plus coûte sept ans de plus.
  3. L'âge de départ a d'abord baissé. Il est passé de 65 à 60 ans en 1983, ce qui allonge encore la durée de versement, des deux côtés à la fois.
  4. Il y a de moins en moins de gens pour payer. Chez les salariés du privé, ils étaient 3,14 par retraité en 1975. Ils sont 1,33 en 2015.
  5. Une retraite se verse donc plus longtemps, et moins de gens la financent. Le système ne peut pas rendre autant à ceux qui paient aujourd'hui.

Trois générations

Comparez ce que chacune reçoit, et ce qu'elle coûte

Trois générations seulement, parce que ce sont les trois dont le chiffre est publié. Un curseur qui glisserait de 1930 à 1980 fabriquerait quarante-sept valeurs que personne n'a mesurées.

Née en 1930, elle a 60 ans en 1990

Pour 100 € versés, elle récupère
plus de 400 €
Elle peut partir à
60 ans depuis 1983
Il lui reste à vivre, à 60 ans
19 ans pour un homme
24,2 ans pour une femme
Personnes au travail par retraité, cette année-là
1,88

Cette génération a commencé à travailler quand le système démarrait. Elle a donc versé peu, et touché une retraite entière.

Née en 1950, elle a 60 ans en 2010

Pour 100 € versés, elle récupère
159 €
Elle peut partir à
60 ans, la réforme de 2010 commence à s'appliquer
Il lui reste à vivre, à 60 ans
22,4 ans pour un homme
27,1 ans pour une femme
Personnes au travail par retraité, cette année-là
1,44

Elle part à 60 ans et vit trois ans de plus, à 60 ans, que la génération 1930. Elle touche donc plus longtemps.

Née en 1980, elle a 60 ans en 2040

Pour 100 € versés, elle récupère
117 €
Elle peut partir à
64 ans voté en 2023, suspendu depuis 2026
Il lui reste à vivre, à 60 ans
pas encore observé
pas encore observé
Personnes au travail par retraité, cette année-là
pas encore observé

Cette génération aura 60 ans en 2040. Personne n'a encore observé cette année-là : les deux dernières lignes sont donc vides, et le resteront jusqu'à ce qu'elles soient mesurées.

Les trois générations, côte à côte. Ce tableau montre tout, tout le temps : le comparateur ci-dessus n'affiche qu'une fiche à la fois.
Génération Récupéré pour 100 € versés Départ possible Reste à vivre à 60 ans, homme Reste à vivre à 60 ans, femme Actifs par retraité
Génération 1930plus de 400 €60 ans depuis 198319 ans24,2 ans1,88
Génération 1950159 €60 ans, la réforme de 2010 commence à s'appliquer22,4 ans27,1 ans1,44
Génération 1980117 €64 ans voté en 2023, suspendu depuis 2026pas encore observépas encore observépas encore observé

Sources de ce tableau. Ce qui est récupéré pour 100 € versés vient des études INSEE et MELETE, publiées par le COR. L'espérance de vie à 60 ans vient de l'INSEE, France métropolitaine. Le nombre de personnes au travail par retraité porte sur les salariés du privé, INSEE également.

Le premier facteur

On touche sa retraite sept ans de plus qu'en 1950

Une retraite se verse jusqu'au décès. Sa durée dépend donc de ce qu'il reste à vivre au moment du départ. En 1950, un homme qui atteignait 60 ans avait 15,4 années devant lui. En 2021, il en a 22,9. Sept années et demie de pension en plus, à verser.

C'est une excellente nouvelle. C'est aussi la première raison pour laquelle le système rend moins. La même promesse coûte beaucoup plus cher qu'au moment où elle a été faite.

Nombre moyen d'années restant à vivre à 60 ans, si les conditions de mortalité de l'année observée se maintenaient. France métropolitaine, INSEE.
Année Hommes Femmes
195015,4 ans18,4 ans
196015,7 ans19,5 ans
197016,2 ans20,8 ans
198017,3 ans22,4 ans
199019 ans24,2 ans
200020,5 ans25,6 ans
201022,4 ans27,1 ans
202022,8 ans27,3 ans
202122,9 ans27,4 ans

Une personne née en 1956 passera en moyenne 24 ans et 9 mois à la retraite. Le calcul vient de la DREES, le service statistique des ministères sociaux.

Le second facteur

On est parti plus tôt, au pire moment

En 1983, l'âge de départ passe de 65 à 60 ans. Cinq années de pension en plus, ajoutées aux années gagnées sur la mort. Les deux effets vont dans le même sens, et ils se cumulent.

  1. 1945 — 65 ans
  2. 1983 — 60 ans
  3. 2010 — 62 ans
  4. 2023 — 64 ans, puis suspendu

Depuis, l'âge remonte. Fin 2023, les gens partent en moyenne à 62 ans et 9 mois, contre 60 ans et 6 mois en 2010. La génération qui a profité des 60 ans n'est pas celle à qui on demande de travailler jusqu'à 64.

Le chiffre exact s'appelle l'âge conjoncturel de départ. Il corrige les écarts de taille entre générations, ce que la simple moyenne des nouveaux retraités ne fait pas. Source : DREES, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 15, page 139.

Ce que ces chiffres ne disent pas, et qu'on vous dit quand même

Les générations entre les deux ne sont pas publiées. Les deux études tracent des courbes. Mais elles ne donnent de chiffre que pour les générations citées plus haut. Relever les autres points à l'écran reviendrait à les inventer. C'est justement ce que ce site reproche à son ancienne courbe. Aucun chiffre n'est donc affiché pour 1955, 1960, 1965 ou 1970.

Champ et hypothèses

Salariés du privé encore en vie à 60 ans. Les générations sont regroupées par tranches de cinq ans. La « génération 1950 » réunit les personnes nées de 1949 à 1952. La « génération 1980 » celles nées de 1978 à 1982.

  • Modèle Destinie 2 de l'Insee. Il suit 60 000 personnes tirées au sort, représentatives de la population vivant en France en 2009.
  • Hypothèse C du COR de 2012 : ce que produit une heure de travail augmente de 1,3 % par an, le chômage se stabilise à 7 %.
  • Législation de 2014. Elle inclut les réformes de 1993, 2003, 2010, 2012 et 2014.
  • Tout le monde part à taux plein, c'est-à-dire sans pénalité.
  • Les montants sont ramenés au salaire moyen de chaque époque, pour rester comparables.
  • 1,95 enfant par femme à partir de 2015, et 100 000 arrivées nettes sur le territoire par an.

Limites, y compris celles que soulèvent les auteurs

  • Ces chiffres ne concernent que les salariés du privé. Ni les fonctionnaires, ni les indépendants, ni les métiers à régime particulier.
  • Ce sont des projections. Le résultat d'une personne née en 1980 ne sera vraiment connu que vers 2070.
  • La loi retenue est celle de 2014. La réforme de 2023 et sa suspension de 2026 n'y sont pas.
  • Le résultat dépend beaucoup de la croissance. Si ce que produit une heure de travail augmente de 2,0 % par an au lieu de 1,3 %, la génération 1985 tombe à 101,6 %.
  • Recevoir plus qu'on n'a versé était mécanique pour les premières générations. Quand un système par répartition démarre, les premiers retraités touchent une pension sans avoir eu à payer celle de leurs aînés. Les auteurs de l'étude MELETE y voient un effet de démarrage, pas une décision politique.
  • Ces mêmes auteurs concluent que les réformes n'ont sacrifié aucune génération. Ils constatent aussi que chaque génération dispose de plus d'argent que la précédente, au même âge.
  • Recevoir autant qu'on a versé n'est pas forcément le bon critère de justice. Le COR rappelle qu'un écart peut se justifier s'il profite aux générations les moins favorisées. Il rappelle aussi que chaque génération a connu une démographie et un marché du travail très différents.

Pourquoi les publier quand même

Parce que l'écart est établi par l'Insee et par le COR. Parce qu'il porte sur des dizaines de milliers d'euros par personne. Et parce qu'on n'en parle presque jamais. Les réserves ci-dessus ne l'effacent pas. Elles disent jusqu'où il va.

Vérifier par vous-même

Les deux études sont publiques et téléchargeables. Les données de cette page le sont aussi. Chaque chiffre y porte sa source et sa page dans le rapport.

Données de cette page (JSON) Les sources, une par une