Rendement par génération
Le boomer récupère 159 €. Vous, 117 €. Pour 100 € versés.
Même système, même argent, deux traitements. Et ce n'est pas nous qui le disons. Le chiffre vient de l'Insee, l'institut national de la statistique. Il est publié par le Conseil d'orientation des retraites, l'organisme public chargé du sujet. Pas par un opposant.
« J'ai cotisé toute ma vie, j'y ai droit »
Votre argent ne vous attend nulle part
Il n'y a pas de compte à votre nom. Ce que vous versez ce mois-ci part ce mois-ci, pour payer les retraites de ce mois-ci. La vôtre sera payée plus tard, par ceux qui travailleront à ce moment-là.
Reste une question : pour 100 € cotisés pendant votre vie active, combien la retraite vous rendra-t-elle ? Ça dépend de votre année de naissance.
Vos parents ont-ils touché plus que vous ?
- Vos parents (1949-1952) 159 €
- Vous (1983-1987) 117 €
pour 100 € de cotisations versées
41 € de moins pour vous.
Les huit générations publiées, chiffre par chiffre
| Génération | Années de naissance | Rendu pour 100 € cotisés |
|---|---|---|
| Génération 1950 | 1949-1952 | 158,57 € |
| Génération 1955 | 1953-1957 | 140,82 € |
| Génération 1960 | 1958-1962 | 132,6 € |
| Génération 1965 | 1963-1967 | 126,21 € |
| Génération 1970 | 1968-1972 | 119,24 € |
| Génération 1975 | 1973-1977 | 118,06 € |
| Génération 1980 | 1978-1982 | 116,67 € |
| Génération 1985 | 1983-1987 | 117,28 € |
« Le système de retraite français repose quasi exclusivement sur la répartition qui met en relation deux types d'acteurs : les actifs paient les cotisations et les retraités les reçoivent sous forme de pension. »
Conseil d'orientation des retraites (COR), État des lieux du financement du système de retraite, document n° 2 de la séance du 17 octobre 2019, page 1.
L'explication
Pourquoi c'était plus généreux avant
Aucun complot. Quatre faits suffisent, et ils s'additionnent.
- Les premières générations ont touché une retraite sans avoir eu à payer celle de leurs parents : le système n'existait pas encore. Les auteurs de l'étude MELETE y voient un effet de démarrage, pas une décision politique.
- On vit plus longtemps après 60 ans. Un homme de 60 ans avait 15,4 années devant lui en 1950, il en a 22,9 en 2021. Une même pension versée sept ans de plus coûte sept ans de plus.
- L'âge de départ a d'abord baissé. Il est passé de 65 à 60 ans en 1983, ce qui allonge encore la durée de versement, des deux côtés à la fois.
- Il y a de moins en moins de gens pour payer. Chez les salariés du privé, ils étaient 3,14 par retraité en 1975. Ils sont 1,33 en 2015.
- Une retraite se verse donc plus longtemps, et moins de gens la financent. Le système ne peut pas rendre autant à ceux qui paient aujourd'hui.
Le détail des deux facteurs démographiques
En 1950, un homme qui atteignait 60 ans avait 15,4 années devant lui. En 2021, il en a 22,9. La même promesse coûte sept ans et demi de pension en plus. C'est une excellente nouvelle, et c'est la première raison pour laquelle le système rend moins.
| Année | Hommes | Femmes |
|---|---|---|
| 1950 | 15,4 ans | 18,4 ans |
| 1960 | 15,7 ans | 19,5 ans |
| 1970 | 16,2 ans | 20,8 ans |
| 1980 | 17,3 ans | 22,4 ans |
| 1990 | 19 ans | 24,2 ans |
| 2000 | 20,5 ans | 25,6 ans |
| 2010 | 22,4 ans | 27,1 ans |
| 2020 | 22,8 ans | 27,3 ans |
| 2021 | 22,9 ans | 27,4 ans |
Second facteur : en 1983, l'âge de départ passe de 65 à 60 ans. Cinq années de pension en plus, qui s'ajoutent aux années gagnées sur la mort.
- 1945 — 65 ans
- 1983 — 60 ans
- 2010 — 62 ans
- 2023 — 64 ans, puis suspendu
Depuis, l'âge remonte : fin 2023, on part en moyenne à 62 ans et 9 mois, contre 60 ans et 6 mois en 2010. La génération qui a profité des 60 ans n'est pas celle à qui on demande d'aller jusqu'à 64. Source : la DREES, le service statistique des ministères sociaux, Les retraités et les retraites, édition 2025, fiche 15, page 139.
Ce que ces chiffres ne disent pas, et qu'on vous dit quand même
L'étude s'arrête à la génération 1987, et ne couvre que les salariés du privé. Au-delà, aucune valeur n'est publiée : nous n'en inventons pas. Ni les fonctionnaires, ni les indépendants, ni les régimes particuliers n'entrent dans ce calcul.
Champ, hypothèses et limites
Salariés du privé encore en vie à 60 ans. Les générations vont par tranches de cinq ans. La « génération 1950 » réunit les personnes nées de 1949 à 1952.
- Modèle Destinie 2 de l'Insee. Il suit 60 000 personnes tirées au sort, représentatives de la population vivant en France en 2009.
- Hypothèse C du COR de 2012 : ce que produit une heure de travail augmente de 1,3 % par an, le chômage se stabilise à 7 %.
- Législation de 2014. Elle inclut les réformes de 1993, 2003, 2010, 2012 et 2014.
- Tout le monde part à taux plein, c'est-à-dire sans pénalité.
- Les montants sont ramenés au salaire moyen de chaque époque, pour rester comparables.
- 1,95 enfant par femme à partir de 2015, et 100 000 arrivées nettes sur le territoire par an.
- Ces chiffres ne concernent que les salariés du privé. Ni les fonctionnaires, ni les indépendants, ni les métiers à régime particulier.
- Ce sont des projections. Le résultat d'une personne née en 1980 ne sera vraiment connu que vers 2070.
- La loi retenue est celle de 2014. La réforme de 2023 et sa suspension de 2026 n'y sont pas.
- Le résultat dépend beaucoup de la croissance. Si ce que produit une heure de travail augmente de 2,0 % par an au lieu de 1,3 %, la génération 1985 tombe à 101,6 %.
- Recevoir plus qu'on n'a versé était mécanique pour les premières générations. Quand un système par répartition démarre, les premiers retraités touchent une pension sans avoir eu à payer celle de leurs aînés. Les auteurs de l'étude MELETE y voient un effet de démarrage, pas une décision politique.
- Ces mêmes auteurs concluent que les réformes n'ont sacrifié aucune génération. Ils constatent aussi que chaque génération dispose de plus d'argent que la précédente, au même âge.
- Recevoir autant qu'on a versé n'est pas forcément le bon critère de justice. Le COR rappelle qu'un écart peut se justifier s'il profite aux générations les moins favorisées. Il rappelle aussi que chaque génération a connu une démographie et un marché du travail très différents.
Pourquoi les publier quand même ? Parce que l'écart est établi par l'Insee et par le COR. Parce qu'il porte sur des dizaines de milliers d'euros par personne. Et parce qu'on n'en parle presque jamais. Les réserves ci-dessus ne l'effacent pas : elles disent jusqu'où il va.
Vérifier par vous-même
Les études sont publiques. Les données de cette page aussi. Chaque chiffre y porte sa source et sa page.